Face A

Language is easy but talking is not

lundi 22 décembre 2014

Les émotions et les sentiments qui m’habitent et me submergent depuis trois mois maintenant sont d’une infinie complexité. Sans cesse changeants, d’une minute à l’autre, ils me terrassent et me portent tour à tour, constamment entre légèreté et abattement. C’est une superposition de multiples plaisirs, de multiples douleurs, de multiples manques, et surtout un mélange effrayant de lucidité absolue sur ce que je suis en train de vivre, et de laisser-aller total dans la perte complète et progressive de tout sens commun. Je m’enfonce sciemment, capable à la fois de porter un regard détaché sur ce qui s’avère être une expérience passionnante de plongée dans les abîmes, et de me laisser emporter contre toute raison. C’est peut-être cela le plus terrible : avoir ce regard lucide et détaché sur ce que je sais être une course vers le néant et la perte, être à la fois acteur involontaire et spectateur éclairé.

Tout est biaisé depuis le départ dans cette relation qui, sur le papier, énoncée et résumée en quelques mots, semblerait tellement incongrue que je l’aurais moi-même moquée. J’y puise pourtant des moments de joie authentiques et intenses, suivis peu après de rage rentrée et désenchantée. J’y joue le rôle le plus navrant qui soit, et en tire pourtant quelque satisfaction parfois, arrivant à me convaincre que ce n’est qu’une expérience humaine et que ma lucidité m’empêchera de sombrer entièrement.

J’y découvre et j’y comprends des émotions et des situations que, il y a encore trois mois, j’aurais jugées inimaginables ; l’une des plus étranges étant cette sorte de satisfaction frustrée et de trouble excitation que procure le fait d’une liaison tarifée. À la limite, je dirais que cet aspect-là est désormais devenu un détail maintenant. Ces paiements laissés à mon entière discrétion, aussi bien en termes de fréquence que de montants, ont pu me donner l'illusion pendant quelques semaines de pouvoir posséder l'objet de mon désir, de le louer pour ainsi dire, presque de l'acheter parfois. Je dis bien illusion évidemment, n'étant dupe de rien là non plus. La trouble excitation initiale que me procurait cet aspect a cédé lentement la place à une sorte de course en avant, qui m'a vu devenir peu à peu une sorte de… parrain, de mentor ou de mécène, soucieux qu'il ne manque de rien. Il s'est évidemment plié de bonne grâce à ce jeu et continue de donner le change. Je sens toutefois poindre à juste titre une sorte d'agacement ou de lassitude face à ce vieux bienfaiteur lointain pétri de doutes et de sentiments complexes à son égard.

Car lui, tout en jeunesse insouciante et libre, tout en fougue et en légèreté, mû à la fois par l'appât du gain et par l'appel de son insatiable appétit de sexe, ne peut et ne veut évidemment pas se résoudre à négliger ses autres clients. C'est ainsi que, la douleur au ventre, j'assiste impuissant aux sourires qu'il leur octroie, avant de disparaître pour quelques instants d'intimité certainement identiques à ceux qu'il m'offre régulièrement.

Et c'est bien là, pathétiquement et uniquement là que tout se joue pour moi. Ni dans l'argent, ni dans d'éventuels doutes quant à la place de cette relation dans ma vie de couple, ni ailleurs. Tout se joue pour moi dans cette angoisse terrifiante de le voir m'échapper constamment, si toutefois il m'avait un jour appartenu. Tout se joue dans l'aberration inouïe de ce chemin de plaisir et de douleur dont je sais pertinemment qu'il ne me mènera à RIEN. Que cette relation aberrante est condamnée à en rester là, et que jamais je n'en tirerai quoi que ce soit de plus qu'aujourd'hui. Que c'est une voie sans issue, en tout cas sans issue heureuse. Et sachant cela, je ne peux pourtant pas me résoudre à y mettre fin. J'ai tenté à plusieurs reprises, et toujours je suis revenu. Ce qui me pousse ? Je ne sais plus. Comme une force d'inertie, lancé que je suis sur cette pente, dans une fuite en avant parfois grisante et souvent dévastatrice.

Et tout cela n'est qu'une infime partie de ce qui se joue en moi…

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Commentaires

    Rien de telle que la lucidité comptable :
    4 mois et 24 jours : 18.000 euros. tu as chiffré de ton côté ?

    Posté par Dan , vendredi 26 décembre 2014 à 14:44
  • Ton commentaire est un baume au cœur, Dan. Je me sens moins seul dans cette folie.
    J'ai chiffré, oui, il y a quelques semaines, mais ce n'est pas fini. Je n'en suis pas encore à ton niveau cela dit.
    Merci à toi.

    Posté par farf , vendredi 26 décembre 2014 à 14:56

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