Face A

Language is easy but talking is not

mardi 4 novembre 2014

Le lourd sac de cuir en bandoulière, j’attends que le train redémarre pour traverser la voie de la petite gare sous un bas soleil d’automne. Une fois la dernière voiture passée, je les vois qui m’attendent sur le quai opposé, ma mère me montrant du doigt à mes neveux à peine intimidés.

À peine sommes-nous arrivés à la maison que me parvient son message sur mon téléphone. I apologise for last night.

Les jours suivants seront ainsi ponctués de messages et surtout de photos plus bandantes les unes que les autres.

Tandis que mon filleul se blottit contre moi plusieurs fois par jour, que ma mère écrase probablement une larme devant mon mutisme borné, que nous marchons au soleil, que nous roulons à n’en plus finir sur des routes sinueuses, que je suis là sans y être.

À mon retour, je mesure l’ampleur du désastre que je suis en train de semer autour de moi, imbuvable et désemparé, quand l’homme qui partage ma vie se tait soudainement, rendu muet par ma sourde violence. La fatigue et le stress de la conduite de nuit sous une pluie battante et sur des routes en travaux n’excuseront pas tout.

Alors que je vide machinalement le lave-vaisselle un peu plus tard, je cherche, pas longtemps, puis je la vois, je la formule, je me l’assène, cette accusation. Ce constat, le seul possible : finalement, ce champ de ruines qui m’entoure, il est bien dû à cela : mon égoïsme.

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