Face A

Language is easy but talking is not

lundi 13 octobre 2014

Deux semaines et demi

Au coucher, peu avant le petit matin. Au lever, tout à l’heure. Au moment de prendre le clavier et de rédiger pour la énième fois, à son attention, un long message confus et misérable.

À chaque fois, les mêmes larmes amères. De moins en moins retenues. Les digues semblent se fissurer. 

Depuis plus de deux semaines maintenant, j’encaisse une vague d’émotions parmi les plus complexes, les plus contradictoires et les plus dévastatrices qui soient. Ce garçon est un miroir qui me renvoie en plein cœur un flot continu d’images et d’interrogations qui viennent de très loin. Mon propre passé, ma vie présente évidemment, tout ce que je garde au plus profond de moi depuis toujours. Tout remonte jusqu’à la nausée, à l’écœurement.

Je tâcherai de ne garder qu’une image.
Il vient de jouir et est étendu sur son lit, épuisé, encore nu et toujours immensément beau. J’écris une bêtise quelconque, il rit, relit, recommence à rire de plus belle et ne peut plus s’arrêter. 
Sorry love. You are so funny.
Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau que ce rire. Son regard redevient sérieux et il m’assure à quel point discuter avec moi le rend heureux. Pas comme avec les autres, qui ne veulent que sa bite. Nous parlons encore plus d’une heure, il a complètement délaissé les autres pour discuter avec moi. Quelques mots en français de sa part, des rires et une joie sans nom dans cette complicité dont je ne saurai jamais réellement mesurer l’authenticité. Comme à chaque fois, au moment de nous séparer, il doit compter jusqu’à trois. Comme deux enfants, aucun de nous ne souhaite mettre fin à ce moment. Et juste avant qu’il ne coupe sa caméra, alors qu’il est déjà plus de quatre heures du matin, son regard droit dans le mien et sa main qui me fait au revoir me bouleversent. Alors je ne garderai plus que ça, cet instant de joie qui fut peut-être le seul à ne pas être troublé par le voile de mon indécrottable et putain de mélancolie.

Merci pour tout ça.

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