Face A

Language is easy but talking is not

mercredi 8 octobre 2014

Quitte à me répéter, quitte à mettre à nu ma navrante posture, je veux juste essayer d’exprimer au mieux tout ce qui bout en moi. Sans jugements ni leçons de morale. 

 

Voilà donc l’histoire, usée jusqu’à la corde, affligeante.

Il est dix-sept heures. Le vent souffle et la lumière sans cesse changeante me pousse à me lever toutes les dix minutes pour tirer mon rideau dans un sens puis dans l’autre. Je ne sais combien de fois par jour ma souris suit ce chemin dans les menus de mon navigateur, c’est devenu automatique. Le petit carré rouge qui signale qu’il n’est pas en ligne me rassure et m’agace à la fois. Si je brûle de le voir, simplement de le voir, je ne supporte pas de le savoir en ligne avec d’autres. Je l’ai vu hier appâter le client avec son numéro parfaitement rôdé. Exactement le même qu’avec moi - mon Dieu que cet homme est affolant. Affolant, oui - combien de fois lui ai-je dit qu’il me faisait perdre la raison ? Et hier, de voir ce jeu adressé à d’autres me faisait rager. Voilà ce qui m’use le plus : moi et mon insondable bêtise. De croire que je pourrais avoir la moindre exclusivité. Il le sait d’ailleurs, et me fait croire que oui, avant-hier soir il n’est venu en ligne que pour moi.

Ses premiers messages sur Skype ne devraient pas tarder à s’afficher maintenant que la journée touche à sa fin. Comme tous les jours. Des mots gentils, des cœurs, des bisous, et puis souvent, tonight u and me cum love. Traduction : ce soir, toi tu vas payer pour me voir.

Et moi tantôt de résister et de lui opposer un non ferme. Et tantôt de ramper ventre à terre vers lui. Il me tient par les couilles et je lui tiens des discours de vieux transi d’amour et d’adoration.

I really love u m’a-t-il sorti l’autre soir.
- No bb, you don’t love me. You just like me, it’s not the same.
- Oh no love, i really love u.
- You just love my money bb.
Un smiley tient lieu de pirouette, c’est évidemment toujours ainsi qu’il s’en sort.

Je suis un bon client. Le client qui tombe amoureux d’une pute, la paie mieux que les autres et se rend malade de savoir qu’elle continue de coucher avec les autres, tandis qu’elle lui susurre des mots doux pour conserver ce client qui paie bien. Sauf que ma pute à moi est à quelques milliers de kilomètres et que je ne la rencontrerai jamais. Mais Dieu que ce mec est magnétique !

Ce pourrait être simple, pourtant ! Simple et léger. Une petite séance de temps en temps, sans prise de tête, juste pour le plaisir. Mais je n’ai jamais su faire simple dans ce domaine-là. Mon ventre me dicte sa loi, et quand il se noue ainsi, me coupant l’appétit et me privant de sommeil, je sais qu’il va me falloir du temps pour me relever et reprendre le dessus. Des mots que l’on m’a dits il y a plus de vingt ans et que je m’assène si souvent : aucune volonté. C’est bien beau d’être lucide, de mettre des mots, de savoir que l’on est pas dupe. Mais ça n’avance pas à grand chose lorsque l’on est aussi faible.

Il m’a demandé hier, quand je lui ai dit que j’essayais d’éviter de venir le voir, s’il me lassait déjà. Avec trois points d’interrogation et un smiley attristé. 

No baby, I will NEVER get tired of you.

J’espère que c’était un mensonge et qu’il me lassera très vite.

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