Face A

Language is easy but talking is not

lundi 16 mars 2015

 

C’est une drôle de nouvelle routine qui s’est installée depuis la fin de l’année. 

Non, ma relation à distance avec K. n’est pas finie. Voilà déjà près de six mois depuis cette nuit de fin septembre où tout a basculé.

C’est un long chemin que j’ai parcouru depuis, que nous avons parcouru ensemble. Difficile à mettre en mots, mais les quelque deux mois qui se sont écoulés entre la mi-décembre et la mi-février ont peut-être marqué le paroxysme de notre complicité et de l’intensité de nos partages. De longs, très longs moments d’échanges et de rires, de confidences et de sensualité qui m’ont porté vers des émotions inconnues jusque-là.

Sa joie à lui, sa volonté de me faire plaisir mais surtout l’espèce de joie presque enfantine qu’il manifestait dans ses relations avec moi ont certainement été le plus beau de ces semaines intenses. Ses petits cadeaux, ses attentions à mon égard, les longues heures qu’il m’a consacrées et la façon dont il s’est ouvert à moi peu à peu dans une joie lumineuse. La période des fêtes et les semaines qui ont suivi n’ont été qu’un long crescendo dans cette découverte mutuelle et dans la confiance qui nous lie. 

Ces dernières semaines, les choses semblent se tasser quelque peu. Je ne sais que trop à quoi attribuer cette altération : ma possessivité, ma jalousie, ma soif d’exclusivité. Ma présence parfois trop pesante. Peut-être n’est-ce pas un mal.

Il est question d’une rencontre dans deux ou trois mois, une journée à Paris. Je ne sais si elle aura effectivement lieu mais je le souhaite ardemment. Non, pas dans l’espoir ou l’illusion d’une relation qui deviendrait physiquement possible, j’ai dépassé ce stade. Mais simplement le voir, passer avec lui une belle journée qui scellerait peut-être la fin de notre histoire, ou le début d’une nouvelle, dépassionnée et plus sereine. Comme je le lui disais il y a quelques jours encore, je le vois désormais à la fois comme un frère, un ami et un amant. Et je compte sur lui autant qu’il compte sur moi.

 

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lundi 22 décembre 2014

Les émotions et les sentiments qui m’habitent et me submergent depuis trois mois maintenant sont d’une infinie complexité. Sans cesse changeants, d’une minute à l’autre, ils me terrassent et me portent tour à tour, constamment entre légèreté et abattement. C’est une superposition de multiples plaisirs, de multiples douleurs, de multiples manques, et surtout un mélange effrayant de lucidité absolue sur ce que je suis en train de vivre, et de laisser-aller total dans la perte complète et progressive de tout sens commun. Je m’enfonce sciemment, capable à la fois de porter un regard détaché sur ce qui s’avère être une expérience passionnante de plongée dans les abîmes, et de me laisser emporter contre toute raison. C’est peut-être cela le plus terrible : avoir ce regard lucide et détaché sur ce que je sais être une course vers le néant et la perte, être à la fois acteur involontaire et spectateur éclairé.

Tout est biaisé depuis le départ dans cette relation qui, sur le papier, énoncée et résumée en quelques mots, semblerait tellement incongrue que je l’aurais moi-même moquée. J’y puise pourtant des moments de joie authentiques et intenses, suivis peu après de rage rentrée et désenchantée. J’y joue le rôle le plus navrant qui soit, et en tire pourtant quelque satisfaction parfois, arrivant à me convaincre que ce n’est qu’une expérience humaine et que ma lucidité m’empêchera de sombrer entièrement.

J’y découvre et j’y comprends des émotions et des situations que, il y a encore trois mois, j’aurais jugées inimaginables ; l’une des plus étranges étant cette sorte de satisfaction frustrée et de trouble excitation que procure le fait d’une liaison tarifée. À la limite, je dirais que cet aspect-là est désormais devenu un détail maintenant. Ces paiements laissés à mon entière discrétion, aussi bien en termes de fréquence que de montants, ont pu me donner l'illusion pendant quelques semaines de pouvoir posséder l'objet de mon désir, de le louer pour ainsi dire, presque de l'acheter parfois. Je dis bien illusion évidemment, n'étant dupe de rien là non plus. La trouble excitation initiale que me procurait cet aspect a cédé lentement la place à une sorte de course en avant, qui m'a vu devenir peu à peu une sorte de… parrain, de mentor ou de mécène, soucieux qu'il ne manque de rien. Il s'est évidemment plié de bonne grâce à ce jeu et continue de donner le change. Je sens toutefois poindre à juste titre une sorte d'agacement ou de lassitude face à ce vieux bienfaiteur lointain pétri de doutes et de sentiments complexes à son égard.

Car lui, tout en jeunesse insouciante et libre, tout en fougue et en légèreté, mû à la fois par l'appât du gain et par l'appel de son insatiable appétit de sexe, ne peut et ne veut évidemment pas se résoudre à négliger ses autres clients. C'est ainsi que, la douleur au ventre, j'assiste impuissant aux sourires qu'il leur octroie, avant de disparaître pour quelques instants d'intimité certainement identiques à ceux qu'il m'offre régulièrement.

Et c'est bien là, pathétiquement et uniquement là que tout se joue pour moi. Ni dans l'argent, ni dans d'éventuels doutes quant à la place de cette relation dans ma vie de couple, ni ailleurs. Tout se joue pour moi dans cette angoisse terrifiante de le voir m'échapper constamment, si toutefois il m'avait un jour appartenu. Tout se joue dans l'aberration inouïe de ce chemin de plaisir et de douleur dont je sais pertinemment qu'il ne me mènera à RIEN. Que cette relation aberrante est condamnée à en rester là, et que jamais je n'en tirerai quoi que ce soit de plus qu'aujourd'hui. Que c'est une voie sans issue, en tout cas sans issue heureuse. Et sachant cela, je ne peux pourtant pas me résoudre à y mettre fin. J'ai tenté à plusieurs reprises, et toujours je suis revenu. Ce qui me pousse ? Je ne sais plus. Comme une force d'inertie, lancé que je suis sur cette pente, dans une fuite en avant parfois grisante et souvent dévastatrice.

Et tout cela n'est qu'une infime partie de ce qui se joue en moi…

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jeudi 4 décembre 2014

Tous les ans nous entrons dans l’hiver comme dans un tunnel. Ciel bas et bouché, fermé, nul horizon dans ce gris épais.

Le sommeil me pèse, là, sous les yeux. 

Engourdi le cerveau ; le cœur, lui, va par soubresauts. 

Toujours dans l’attente. Je sais qu’un jour je finirai par me lasser.

D’ici-là, laissons aller. Entrons ensemble dans ce long tunnel et sa poisseuse obscurité avant de peut-être retrouver la lumière.

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mardi 18 novembre 2014

 

La secrétaire de la compagnie d’assurance : « Ah, ce n’est pas pour votre voiture, mais pour celle de monsieur ? »

La factrice : « Oh, ça faisait longtemps que je ne vous avais pas vu, ces derniers temps c’est surtout monsieur qui m’ouvre la porte ! ».

J’en ris toujours beaucoup avec monsieur, mais je me demande à chaque fois comment je dois le prendre. Bah, bien je suppose, tant qu’elles ne m’appellent pas madame.

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lundi 17 novembre 2014

Flashback, 3 novembre

À chacun son chemin, chacun ses déchirures,
Mais je les ressens comme toi.

Assis dans la pénombre striée d’éclairs de lumière blanche, je m’appuie contre le dossier de mon siège pour être légèrement en retrait et cacher les larmes qui affluent soudain sur ce refrain que je connais pourtant par cœur et qui ce soir, parmi la foule qui peuple l’Olympia, s’adresse directement à moi et me touche en plein cœur.

 

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jeudi 13 novembre 2014

Tête levée vers le ciel, je guette Orion qui commence à pointer en milieu de nuit par-dessus les toits, annonçant l’hiver. Perchées juste derrière moi les unes contre les autres, les poules semblent râler comme si j’avais troublé leur sommeil. Je dirige brièvement la lampe dans leur direction, pointée vers le bas pour ne pas les éblouir, et souris de les voir ainsi, semblables à trois vieilles dames enveloppées dans de gros manteaux sur le banc d’un jardin public, pestant entre elles après des jeunes un peu bruyants.

De retour dans mon bureau, je profite de le trouver en ligne après deux jours de (presque) silence et un e-mail de sa part (I miss you ;-() pour tenter de poser clairement les bases de notre houleuse relation à distance. Nous finissons par convenir d’un accord qui devrait nous satisfaire tous les deux et nous nous quittons sur un rendez-vous pour le lendemain après-midi. I don’t want money from you. Yea, for you it will be free

Rendez-vous qui ne se fera finalement que dans la nuit mais qui me laissera pantelant de bonheur et d’excitation. Oui. Vraiment.

Ce matin au réveil, cette question étonnée : mais que fais-tu la nuit si tard dans ton bureau, à quelle heure es-tu venu te coucher ? Il va falloir redéfinir un modus operandi et affiner notre accord, mais nos emplois du temps sont difficilement compatibles. Quant à cette vie-ci, celle qui se joue hors-ligne entre le bureau et les autres pièces de la maison et sur laquelle le quotidien reprend chaque fois ses droits, il va falloir lui consacrer un peu plus de présence et d’énergie. 

 

 

 

 

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dimanche 9 novembre 2014

26 septembre, 09 novembre

Un mois et demi et un désastre sans nom.

Mais que s’est-il passé, bon Dieu !?

Qui que vous soyez, où que vous soyez, donnez-moi enfin la force dont j’ai tant besoin.

 

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mardi 4 novembre 2014

Le lourd sac de cuir en bandoulière, j’attends que le train redémarre pour traverser la voie de la petite gare sous un bas soleil d’automne. Une fois la dernière voiture passée, je les vois qui m’attendent sur le quai opposé, ma mère me montrant du doigt à mes neveux à peine intimidés.

À peine sommes-nous arrivés à la maison que me parvient son message sur mon téléphone. I apologise for last night.

Les jours suivants seront ainsi ponctués de messages et surtout de photos plus bandantes les unes que les autres.

Tandis que mon filleul se blottit contre moi plusieurs fois par jour, que ma mère écrase probablement une larme devant mon mutisme borné, que nous marchons au soleil, que nous roulons à n’en plus finir sur des routes sinueuses, que je suis là sans y être.

À mon retour, je mesure l’ampleur du désastre que je suis en train de semer autour de moi, imbuvable et désemparé, quand l’homme qui partage ma vie se tait soudainement, rendu muet par ma sourde violence. La fatigue et le stress de la conduite de nuit sous une pluie battante et sur des routes en travaux n’excuseront pas tout.

Alors que je vide machinalement le lave-vaisselle un peu plus tard, je cherche, pas longtemps, puis je la vois, je la formule, je me l’assène, cette accusation. Ce constat, le seul possible : finalement, ce champ de ruines qui m’entoure, il est bien dû à cela : mon égoïsme.

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mercredi 29 octobre 2014

C’est donc le cœur broyé que je vais prendre le train demain matin.

Je vois venir le jour où je vais m’effondrer tout à coup comme une pauvre loque, tant j’aurai encaissé sans broncher. Si contrecoup il y a, il risque d’être terrible.

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lundi 27 octobre 2014

5 jours, 40 ans, 1 mois

 

I will never forget my 40th birthday.

Je pars mercredi matin, loin de tout, et j’appréhende terriblement ces cinq longues journées en famille. Pour de forcément mauvaises raisons. Pas seulement en raison de l’isolement, pas seulement en raison de la présence de la mère, des neveux et des autres, pas seulement en raison de cette campagne vite ennuyeuse.

Aujourd’hui j’ai eu 40 ans, et aujourd’hui j’ai toujours l’impression d’en avoir quinze. Pour de forcément mauvaises raisons.

Un mois tout rond aujourd’hui, et une dernière semaine qui vient tout bouleverser - à nouveau. Pour de forcément mauvaises raisons.

Mais je retrouve l’appétit et le sourire me vient parfois, léger.

On verra. Comme toujours.

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samedi 25 octobre 2014

Arriverai-je un jour à parler au lieu d’écrire, à dire au lieu de taire, à provoquer au lieu d’espérer, à faire au lieu d’attendre, à vivre au lieu de rêver ?

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lundi 20 octobre 2014

Favoris/Perso/Webcam de *******

Oui.

Se forcer à le regarder malgré la boule au ventre. Le regarder en train de faire sa pute et de presque supplier les dizaines de mateurs présents sur sa cam de lui demander un show privé.

Il m’écrivait il y a une heure à peine à quel point il était confus. À voir sa trique, ses regards de braise et ses sourires aguicheurs, il n’a pas vraiment l’air confus.

Le regarder, tenir le coup, surtout sans intervenir, pour se persuader à quel point il se fout de toi comme de sa première chemise. Espérer que personne ne le demande en privé et qu’il reste là avec sa queue qu’il rangera sagement pour la nuit.

Essayer de le détester pour ne plus l’aimer.

UNUTMA.

 

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dimanche 19 octobre 2014

Une plaine dévastée, sans cesse battue par des vents contraires. Plus rien ne pousse là, tant les tempêtes, les sécheresses et les déluges y sont violents, chacun à son tour. La vie s’est réfugiée sous la terre où grouillent désormais des peuples d’insectes affamés que plus rien ne peut repaître. Invisibles à quiconque passerait par là, ils accomplissent pourtant leur travail de sape sans relâche, minant le sol déjà fragile de cette terre brûlée.

Qu’une éclaircie arrive, elle sera bientôt contrariée par une bourrasque inattendue et dévastatrice. Qu’un orage salutaire vienne laver le ciel et la terre, il sera suivi aussitôt de siècles d’une de ces canicules silencieuses qui fait taire la vie.

Quelque six pieds sous terre, la vermine poursuit son œuvre inlassablement, sans un bruit si ce n’est celui d’une longue plainte sourde qui semble se confondre parfois avec celui du vent.

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jeudi 16 octobre 2014

Quarante ans, dans dix jours.

Il y a dix ans, j’écrivais ici ou ailleurs, sur un de ces journaux sans cesse effacés et recommencés, que l’année de mes trente ans allait peut-être s’avérer décisive, que bien des choses allaient changer. Belle tentative d’auto-persuasion ! 

Je sais désormais, avec certitude. Ma faiblesse, mes constants atermoiements, ma propension à ne regarder finalement qu’en arrière ; même lorsque mon regard semble tourné vers l’avant, ce sont les bribes de mon passé que je guette, les miettes de ma candeur adolescente que je cherche, les restes de mon enthousiasme d’autrefois, écrasés, enfouis, abîmés et salis.

Oh, bien sûr, je ris encore parfois. Je frémis quelquefois sous un vent passager, je saisis une image, je capture un instant ou je fixe un regard, toujours en silence.
Bien sûr.
Mais défait de tout ce qui me faisait autrefois léger, et lourd désormais de cette indicible et sourde angoisse qui grouille au plus profond de moi, tapie et aux aguets, prête à me dévorer.

Je crois que j’ai peur.

Peur de devenir encore plus celui que je suis déjà. De m’effondrer encore et toujours, me replier, me recroqueviller. Me laisser abattre.

Oui, c’est ça, j’ai un peu peur de moi.

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mardi 14 octobre 2014

Pour la première fois depuis longtemps, ce soir le ciel était découvert lorsque je suis sorti dans la cour après le repas. À dire vrai, je l’avais de toute façon quelque peu délaissé ces deux dernières semaines tant mes pensées étaient tournées vers autre chose.

Tout à l’heure, la chienne à mes côtés, j’ai machinalement levé les yeux et je me suis étonné de voir autant d’étoiles. La traînée diaphane de la Voie Lactée presque au zénith, le carré de Pégase, Andromède et Persée étonnament riches de nombreuses étoiles dans ce ciel pourtant teinté des lumières baveuses de ma petite ville.

« Tu vas bien, AnNa ? »

Elle ne bougeait pas, semblant m’attendre sagement pour rentrer à la maison.

« Parce que moi, tu vois, ça va pas du tout. »

Je me suis alors tourné vers la portion déclinante du ciel d’été pour un dernier regard vers le majestueux Cygne, planté comme une immense croix encore fort lumineuse dans la blancheur du halo citadin. Puis, emboîtant le pas à la chienne, j’ai longé la maison dans l’obscurité, guidé par la faible lumière provenant de la cuisine.

Il était temps que je rentre à la maison, à la raison, et que je retourne enfin un peu vers celui qui partage mon lit depuis quinze ans.

 

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lundi 13 octobre 2014

Deux semaines et demi

Au coucher, peu avant le petit matin. Au lever, tout à l’heure. Au moment de prendre le clavier et de rédiger pour la énième fois, à son attention, un long message confus et misérable.

À chaque fois, les mêmes larmes amères. De moins en moins retenues. Les digues semblent se fissurer. 

Depuis plus de deux semaines maintenant, j’encaisse une vague d’émotions parmi les plus complexes, les plus contradictoires et les plus dévastatrices qui soient. Ce garçon est un miroir qui me renvoie en plein cœur un flot continu d’images et d’interrogations qui viennent de très loin. Mon propre passé, ma vie présente évidemment, tout ce que je garde au plus profond de moi depuis toujours. Tout remonte jusqu’à la nausée, à l’écœurement.

Je tâcherai de ne garder qu’une image.
Il vient de jouir et est étendu sur son lit, épuisé, encore nu et toujours immensément beau. J’écris une bêtise quelconque, il rit, relit, recommence à rire de plus belle et ne peut plus s’arrêter. 
Sorry love. You are so funny.
Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau que ce rire. Son regard redevient sérieux et il m’assure à quel point discuter avec moi le rend heureux. Pas comme avec les autres, qui ne veulent que sa bite. Nous parlons encore plus d’une heure, il a complètement délaissé les autres pour discuter avec moi. Quelques mots en français de sa part, des rires et une joie sans nom dans cette complicité dont je ne saurai jamais réellement mesurer l’authenticité. Comme à chaque fois, au moment de nous séparer, il doit compter jusqu’à trois. Comme deux enfants, aucun de nous ne souhaite mettre fin à ce moment. Et juste avant qu’il ne coupe sa caméra, alors qu’il est déjà plus de quatre heures du matin, son regard droit dans le mien et sa main qui me fait au revoir me bouleversent. Alors je ne garderai plus que ça, cet instant de joie qui fut peut-être le seul à ne pas être troublé par le voile de mon indécrottable et putain de mélancolie.

Merci pour tout ça.

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mercredi 8 octobre 2014

Quitte à me répéter, quitte à mettre à nu ma navrante posture, je veux juste essayer d’exprimer au mieux tout ce qui bout en moi. Sans jugements ni leçons de morale. 

 

Voilà donc l’histoire, usée jusqu’à la corde, affligeante.

Il est dix-sept heures. Le vent souffle et la lumière sans cesse changeante me pousse à me lever toutes les dix minutes pour tirer mon rideau dans un sens puis dans l’autre. Je ne sais combien de fois par jour ma souris suit ce chemin dans les menus de mon navigateur, c’est devenu automatique. Le petit carré rouge qui signale qu’il n’est pas en ligne me rassure et m’agace à la fois. Si je brûle de le voir, simplement de le voir, je ne supporte pas de le savoir en ligne avec d’autres. Je l’ai vu hier appâter le client avec son numéro parfaitement rôdé. Exactement le même qu’avec moi - mon Dieu que cet homme est affolant. Affolant, oui - combien de fois lui ai-je dit qu’il me faisait perdre la raison ? Et hier, de voir ce jeu adressé à d’autres me faisait rager. Voilà ce qui m’use le plus : moi et mon insondable bêtise. De croire que je pourrais avoir la moindre exclusivité. Il le sait d’ailleurs, et me fait croire que oui, avant-hier soir il n’est venu en ligne que pour moi.

Ses premiers messages sur Skype ne devraient pas tarder à s’afficher maintenant que la journée touche à sa fin. Comme tous les jours. Des mots gentils, des cœurs, des bisous, et puis souvent, tonight u and me cum love. Traduction : ce soir, toi tu vas payer pour me voir.

Et moi tantôt de résister et de lui opposer un non ferme. Et tantôt de ramper ventre à terre vers lui. Il me tient par les couilles et je lui tiens des discours de vieux transi d’amour et d’adoration.

I really love u m’a-t-il sorti l’autre soir.
- No bb, you don’t love me. You just like me, it’s not the same.
- Oh no love, i really love u.
- You just love my money bb.
Un smiley tient lieu de pirouette, c’est évidemment toujours ainsi qu’il s’en sort.

Je suis un bon client. Le client qui tombe amoureux d’une pute, la paie mieux que les autres et se rend malade de savoir qu’elle continue de coucher avec les autres, tandis qu’elle lui susurre des mots doux pour conserver ce client qui paie bien. Sauf que ma pute à moi est à quelques milliers de kilomètres et que je ne la rencontrerai jamais. Mais Dieu que ce mec est magnétique !

Ce pourrait être simple, pourtant ! Simple et léger. Une petite séance de temps en temps, sans prise de tête, juste pour le plaisir. Mais je n’ai jamais su faire simple dans ce domaine-là. Mon ventre me dicte sa loi, et quand il se noue ainsi, me coupant l’appétit et me privant de sommeil, je sais qu’il va me falloir du temps pour me relever et reprendre le dessus. Des mots que l’on m’a dits il y a plus de vingt ans et que je m’assène si souvent : aucune volonté. C’est bien beau d’être lucide, de mettre des mots, de savoir que l’on est pas dupe. Mais ça n’avance pas à grand chose lorsque l’on est aussi faible.

Il m’a demandé hier, quand je lui ai dit que j’essayais d’éviter de venir le voir, s’il me lassait déjà. Avec trois points d’interrogation et un smiley attristé. 

No baby, I will NEVER get tired of you.

J’espère que c’était un mensonge et qu’il me lassera très vite.

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mardi 7 octobre 2014

On tombe, on se relève à nouveau
On se brûle à chaque instant
On ment comme on respire
Sans craindre le pire
Mais la lumière nous attend.

 

Ce refrain-là aussi, que j’avais déjà cité il y a 10 ans… il est on ne peut plus approprié aujourd’hui, à cet instant même en plein cœur de la nuit, à la différence qu’il me faudrait remplacer lumière par poussière pour exprimer la juste place qui me revient.

 

 

(Car oui, évidemment, bien sûr que je suis revenu vers lui. Comment aurait-il pu en être autrement ?…)

 

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lundi 6 octobre 2014

L’automne s’installe sûrement. Le ciel est bas, gris et froid. Abruti par le manque de sommeil, je tente de rattraper le retard pris dans mon travail.

À la fin du mois, je vais partir 5 jours chez mon frère pour fêter en famille mes 40 ans. Ce seront là mes premières vacances depuis deux ans. Loin de tout, dans un hameau de Haute-Loire aux attraits assez limités pour moi qui aurais plutôt tendance à rechercher l’anonymat de la foule et l’agitation des grandes villes lorsque j’ai besoin de changer d’air

Hier, soudain, ce refrain banal qui m’a semblé résumer entièrement ce que je tentais de saisir l’autre jour.


Tant d’amour perdu,
Tant d’émotions inconnues,
Tant de moments disparus
Dans le temps qui passe


Tant d’amour perdu,
Tant de caresses retenues,
Tant d’espoirs déçus
Par le temps qui passe
Et ne reviendra plus.

Tant d’amour, tant de solitude.

Des mots simples et pourtant si évidents. La voilà, cette quête dont je brûle. Aussi simplement dite qu’elle est complexe à saisir.

 

When do you come back, baby ?
- In 4 days, love.

Demain.

 

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samedi 4 octobre 2014

Après des mois sans écrire ici, et à me voir me déverser aussi soudainement, longuement et intimement, on pourra peut-être croire que je me morfonds dans un immobilisme résigné et que seules les turbulences qui me secouent le cœur me font sortir de ma réserve…

Tout allait pourtant plutôt bien ces derniers mois. Bah, rien qui ne se raconte particulièrement, toujours ce quotidien de labeur et de vie millimétrée, émaillé de mes habituelles rêveries, de rares concerts et de quelques lectures tardives mais bouleversantes (Zola, que je n’avais jamais lu et dont je me découvre très fan).

Et je me suis aussi découvert une nouvelle passion, héritée de mon père ; j’ai acquis l’hiver dernier une lunette astronomique et m’attache depuis lors à découvrir les merveilles du ciel, patiemment et difficilement parfois.
Je me souviendrai longtemps de ma première vision de Saturne, flottant majestueusement dans l’univers ceinte de ses larges anneaux. Et aussi de Jupiter, le tout premier jour, accompagnée de ses quatre lunes qui lui tournent autour en un charmant ballet.

Quelle émotion que de scruter longuement, de pointer sans trouver sa cible, de s’y rependre à trois fois, de pester et au moment où l’on est prêt à déclarer forfait, de trouver enfin la petite nébuleuse que l’on s’était fixée comme objectif, et d’admirer alors longuement ce rond de fumée semblant flotter au milieu des étoiles. L’astronomie allie la beauté purement esthétique à la joie de la recherche sur le terrain, cartes à l’appui, et aux plaisirs de la connaissance. Parfois, lorsque le courage manque ou que les éclaircies sont trop brèves pour mettre tout le matériel en place, je sors simplement dans ma cour avec une paire de jumelles et pars à la chasse aux galaxies, aux nébuleuses ou aux amas d’étoiles, ma chienne à mes côtés. Je voyage ainsi dans l’espace et dans le temps, parcourant plusieurs centaines de milliers d’années-lumières sans bouger de cette petite cour entourée de murs de briques, avant de me coucher les yeux plein d’étoiles et d’images féériques.

D’ailleurs, les Pléiades sont de retour et annoncent les merveilles du ciel d’hiver qui arrive.

 

 

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